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Les Eclosions Asynchrones

Les Eclosions Asynchrones

Auto-édition, romans, poésie, spiritualité

Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes
Je reviendrai vers toi

Lorsque j'aurai porté, en changeant tous les jours,
Les masques biscornus de terres étrangères,
Pris les couleurs du temps imprégnées de poussière,
Effacé mon passé sans trace ni contour;

Quand j'aurai, par hasard, joué au dés des empires,
Commandé cent milles hommes, bâti des cités,
Où les rues éclairées par l'éclat de tes rires
Luiront sur les trottoirs pavés de mes ratés;

Quand j'aurai tamisé en quête de grains d'or
Tout un fleuve de fange, fendu l'athanor
Par des siècles de siècles de métamorphose
Pour muer ma bêtise en quelque apothéose;

Quand j'aurai englouti l'antre de mes colères,
Oublié mes visages, inversé les frontières,
Quand je serai plus riche d'avoir tout perdu
Usé, pulvérisé, dilapidé, fondu;

Quand j'aurai pu franchir les colonnes de jade
Qui bornent le pays de ta compréhension,
Puis, laissant en deçà une ultime bravade,
Retranscrit la formule d'une rédemption;

Pris un bout de soleil dans du papier d'argent,
Tendu comme une toile sur un cerf-volant,
Quand je l'aurai coupé, et parfumé de mangue,
Transformé en bonbon pour picoter ta langue;

Lorsque j'aurai acquis la science des présages,
Et pourrai lire dans le vol des martinets
Le symbole sacré protégeant tes secrets
Griffonné dans le ciel à grands coups de nuages;

Alors je reviendrai, nu comme un nouveau né,
Ayant jeté au vent, laissé sans sépulture,
Les mantilles d'oignon, pelure après pelure,
Qui t'ont tant fait pleurer et m'avaient aveuglé;

Je reviendrai vers toi pour que tu me modèles,
Que tes doigts donnent forme à mon écho fuyard
D'un fragment de mémoire, un éclat de brouillard,
En suivant à la trace une ou deux étincelles;

Je reviendrai vers toi par la houle d'un rêve
Et enjoliverai des souvenirs de nous,
Pour qu'au petit matin, le souffle d'une trêve
Fasse ton jour léger et tes espoirs plus fous...

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Le goéland et les lapins

 

    Il y a bien longtemps, un goéland vécut quelques années au milieu des lapins.

    Poussé par la curiosité, il avait voyagé par-delà les mers et les continents, survolant plaines et montagnes, et ses explorations lointaines l’avaient rendu très sage.

 

    Au début, il voulait juste en apprendre un peu plus sur cet étrange peuple aux longues oreilles et se reposer un peu avant de repartir, mais  il assista à des rites étranges qui l'intriguèrent fort.

    Les lapins étaient en effet en compétition permanente pour se choisir un roi, car dans leur société les règnes ne duraient pas longtemps.

    L'oiseau ne se souciait guère de leur système politique, mais jugea leurs méthodes de sélection, basées sur la violence et le mensonge, particulièrement barbares.

    Quand il comprit à quel point les lapins étaient ignorants du monde, il se mit en devoir de leur raconter ce qu'il avait vu.

 

    D'abord, les rongeurs ne le crurent pas quand il leur dit que l'univers était plus vaste que leur champ de luzerne. Mais bientôt, un petit groupe de lapins se mit à le suivre, car ils ne se lassaient pas d'entendre ses belles histoires sur la liberté de l'envol, la pureté du ciel, l'étendue des plages, la blancheur des neiges éternelles...

    La communauté des amis du goéland continua de grossir peu à peu, et ses récits devinrent si populaires, que le roi du moment en conçut de l'agacement, puis de la crainte.

    Il ordonna qu'on mette l'oiseau à mort, car il mettait son pouvoir en péril. Le goéland fut alors lapidé puis cloué sur un bout de bois pour l'exemple, afin que plus personne n'ose prétendre que l'univers était plus vaste que le royaume de luzerne.

 

    Effrayés, les amis du goéland se dispersèrent, se cachant dans leurs terriers jusqu'à ce que le courroux du roi soit passé. Mais les belles histoires qu'ils avaient entendues continuaient de les hanter, et ils restaient persuadés que ce que l'oiseau leur avait décrit était vrai. Craignant qu'avec le temps elles finissent par se perdre dans l'oubli, quelques lapins érudits se mirent en devoir de les porter par écrit, en les recopiant de mémoire le plus fidèlement possible.

    Les histoires du goéland commencèrent alors à circuler clandestinement dans le champ de luzerne, puis dans les champs voisins, car les lapins avaient de plus en plus d'échanges commerciaux avec leurs cousins de garenne.

    Il se passa alors un phénomène étrange : plus les histoires étaient lues et diffusées, plus on les recopiait, plus elles se transformaient, et s'étoffaient de nouveaux chapitres pour satisfaire la curiosité des lecteurs, par exemple sur la naissance et l'enfance de l'oiseau disparu. Le volatile devint une légende.

 

    Ainsi, d'un champ à l'autre, les versions des "histoires de l'oiseau" se mirent à diverger de plus en plus. Dans une parcelle, on parlait désormais d'un phénix immortel, un oiseau de feu qui reviendrait du ciel pour donner la vie éternelle à tous les lapins. Dans une autre, on racontait que c'était un faucon implacable qui punirait de mort les lapins commettant des péchés.

 

    La légende de l'oiseau venu de loin continua d'évoluer pendant des siècles...

 

    Aujourd'hui, les lapins continuent de se battre pour choisir leurs rois.

    Mais ils se battent aussi entre ceux qui croient que l'oiseau était un phénix, et ceux qui sont persuadés que c'était un faucon…

 

    Loin au-dessus d'eux, des goélands planent toujours dans le ciel d'azur, et il ne leur viendrait pas à l'idée de se poser au milieu d’un tel tumulte !

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes
crédit photo : © Clément Blin - http://www.clementblin-blog.fr

crédit photo : © Clément Blin - http://www.clementblin-blog.fr

Vous nous avez créés d'un revers de pensée, par inadvertance,
Et avez fait de nous des cueilleurs de vertiges,
Des dompteurs d'abîmes, des dilapidateurs d'étincelles.

Nous mesurons l'inclinaison de vos pentes bancales,
Et par addition de vos angles d'attaque, en extrayons des racines positives.

Nous léchons, pour les décoller, les écailles de plâtre sur les parois de vos âmes.

 

Nos scalpels aveuglants gravent des enluminures sur vos langues de sable.


Nous aiguillonnons rarement nos attelages arbitraires :
Leur nature instable les fait aller à grand train sans qu'on s'en préoccupe.

Ils nous conduisent où bon leur semble, là où le hasard sent la pâture,
Et peu leur chaut s'il nous font traverser des essaims de doutes venimeux,
Des amers de sarcasmes ou d'impensables mouvants.


Nous capturons des zodiaques rétifs,
Les plongeons dans de bouillonnants bains de balsame
Pour les assouplir et en faire des cerceaux.

Nous nouons ensemble des limbes à la dérive
Pour vous offrir des bouquets de néant chatoyant.


Quel mot avez-vous dit ?

"Poètes" ?

Crénom ! C'était donc ça...

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Roman

Mon deuxième roman est désormais disponible, en version brochée, ou ebook format Kindle. Je vous en livre ici la quatrième de couverture, en espérant qu'elle vous donnera l'envie d'en savoir plus. Bonne lecture !

"Le retour à Orphalèse", une suite au "Prophète" de Khalil Gibran, 190 pages

"Le retour à Orphalèse", une suite au "Prophète" de Khalil Gibran, 190 pages

Le retour à Orphalèse

Une suite au "Prophète" de Khalil Gibran

 

    Et si les paraboles poétiques de Almustafa avaient été mal comprises par ses disciples ?

 

    Ou pire, si elles avaient été utilisées et déformées par des ambitieux sans scrupules pour asseoir leur pouvoir ?

 

    Le prophète Almustafa, le Bien-Aimé, l’ombre de son propre jour, a disparu tragiquement il y a vingt ans. Après avoir parcouru le monde pour le faire connaître, et transmettre ses perles de sagesse, l’un de ses plus proches disciples, Youssef, découvre la ville où, douze années durant, il a affiné sa pensée : la cité légendaire aux sept portes, l’orgueilleuse Orphalèse.

 

    Au seuil de la vieillesse, il veut marcher dans les pas de son maître, retrouver des témoins de ses années de maturation, et porter par écrit leurs anecdotes pour qu’elles traversent le temps. Au fil de ses rencontres, des souvenirs, des bribes d’enseignement reviennent à sa mémoire.

 

    Mais au sortir d’une nuit de tempête, un événement inattendu vient interrompre ses projets, et bouleverser la vie des habitants de la ville blanche...

 

    A travers le prisme du conte, "Le retour à Orphalèse" nous incite à réfléchir à la dérive inexorable des religions vers l'intolérance et la violence, qui résonne particulièrement dans notre actualité.

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Publié le par EclosionsAsynchrones

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes

( A l'occasion de la journée mondiale contre l'esclavage des enfants, le 16 avril. )

 


Encagées les colombes
A coudre des maillots,
Saccagés les loupiots
A fabriquer des bombes.

Les yeux durcis au feu
De ce drôle de jeu
Et les coeurs calcinés
Par l'argent des aînés,

Ils ravalent leurs larmes,
Leurs espoirs dénudés,
En exhibant leurs armes
Quand passent les blindés.

Exploiteur à la chaîne,
A la mine, à la rue,
Le pervers se déchaîne
Sur l'innocence nue.

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes
© photo by Kurt Arrigo

© photo by Kurt Arrigo


Tu crains le tangage ?
Ferme les yeux et lâche le cordage.
Ressens la pulsation du pont.
Epouse son battement, car rien n'est stable ici.
La raideur et le refus, c'est l'épuisement et la chute.
Tu trouveras l'équilibre par le mouvement symétrique.

Entends-tu l'écume qui fredonne,
de l'étrave aux membrures,
et résonne jusque dans ton coeur ?
C'est le chant du monde,
le murmure structurel,
le rythme intime de la vie !

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes
éruption solaire du 31 août 2012 - Crédits: NASA/GSFC/SDO

éruption solaire du 31 août 2012 - Crédits: NASA/GSFC/SDO

 

Holà ! De la vigie ! Passons-nous le récif ?
Nous risquons de heurter, ce trou noir est massif.
Des poids morts du passé notre cale est trop pleine,
Il faut nous alléger, jeter ce qui nous freine !

Brûlez vos souvenirs de vieux contrebandiers !
Lancez par dessus bord les chagrins irradiés,
Les atomes amers, les regrets qui se traînent,
Isotopes instables aux fissions en chaîne.

Entendez-vous râler la carène meurtrie,
Balafrée par Deneb et ses hauts-fonds mortels ?
Rapiécée comme il faut sur Alpha Centauri,
Elle a faim de soleils, de nouveaux archipels !

Or çà, pare à virer, cap sur Aldébaran,
Ensemençons l'espace d'un chant conquérant !
Foin des embruns toxiques thermonucléaires,
Frappez les écoutes de nos voiles solaires !
 

Hardi ho, canailles ! Prestement mes babouins !
N'êtes-vous point mangeurs de cette poésie ?
Ces tripes de magma, ces boyaux en furie,
Nous drossent dans le vent et nous jettent plus loin !


Goûtez notre pouvoir, nous sommes souverains,
Nous tenons l'univers dans le creux de nos mains !
En chasse, moussaillons, mettez toutes les toiles,
Voyez comme nos mâts écorchent les étoiles !

Ce quasar appartient à qui le saisira,
Avec, sur mon tonneau, trois rations de tafia !
Contemplez notre prise, à portée de photon,
Quand déjà, incendié, s'approche l'horizon !

 

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes

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Publié le par P.S.
Publié dans : #Poèmes

Le sang figé du fleuve blanc

 

 

Niagara Falls en hiver - © The Canadian Press, Aaron Lynett/Associated Press

Niagara Falls en hiver - © The Canadian Press, Aaron Lynett/Associated Press

 


La première aube de l'hiver.

Toute la nuit, de la poudre d'échafaud,
des paillettes de mutisme,
des particules de menace,
se sont massées par millions.
 
Puis tout s'est tu.

Et ce matin, le monde est vide. 

Seul un éclair inversé de ténèbres,
un grand tronc nu et noueux,
cherche à griffer la brume pâle.
Incrédule, il constate les désertions tout autour.
Les lâches !

Le général Hiver, patiemment, discrètement,
a positionné ses pièces.
A présent, il attaque.

Tous les muscles raidis, l'arbre se prépare à l'assaut.

Déjà, l'avant-garde de la bise le harcèle,
le frôle, cherche la faille, affaiblit ses défenses.

"Forces de mes pères,
venez en moi avant le grand sommeil !
Montrons-lui comment meurt un héros !
Ennemi de pacotille !
Je suis la vie, et toi, qu'es-tu ?
Contemple mes cicatrices :
ce n'est pas notre premier duel,
et chaque fois tu te lasses et renonces ! "

A ses pieds, le sang du fleuve,
alourdi et malsain, ne se meut plus.

Le courant est chargé de boue et d'immondices.
Il charrie des souches arrachées,
des charognes de chevaux, d'hommes parfois,
pitoyables pantins de paille.

De loin en loin, des éclats de pourpre et d'or
scintillent brièvement dans les remous...
la gloire engloutie de dragons impériaux.

C'est le présent de batailles inconnues
Que l'on devine en amont, au nord.
Les restes.
Les déchets.
Les excréments de la guerre.

Ici, la mort ne rôde pas.
Elle se laisse porter, paresseuse mais affamée.

Un vieux loup famélique,
le dernier de sa race,
hurle encore à la lune.

Puis revient le silence.

 

 

à mon père qui se bat

février 2016

 

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