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Les Eclosions Asynchrones

Les Eclosions Asynchrones

Auto-édition, romans, poésie, spiritualité

Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes

Chaque samedi, la team #SamPoésie emmenée par Sandra Dulier (twitter: @SandraDulier) propose des défis à tous les auteurs francophones qui le souhaitent. Voici ma participation pour cette semaine... Plus d'infos là !

Source image : © pixabay

Source image : © pixabay

 

Fil de chaîne, fil de trame,
Fil d'azur, fil de drame,
Jour après jour, 
J'ai tissé ma vie,
Ma route de l' "à soi",
À partir de brins de ciel,
De cordes de pluie, 
De perles d'aventures,

Du chanvre des orages,
Des plumes de voyages,


Mais surtout de tes fibres, 
De la soie de ta peau,
Du coton des câlins,
Des éclats de brillants
Qui restent de tes rires
Et ceux de nos enfants.


J'ai tout pris sans regret,
J'ai tout gardé,
J'ai tout incorporé
Dans cette mosaïque.


Mais c'est le crépuscule
Et je n'y vois plus clair.


Je tends sur le métier
Ce qui reste de fil,
Qui est prêt à casser.


Je n'ai plus de matière 
Pour ma tapisserie,
Mais je n'ai pas fini.


Alors, comme je peux,
Je comble les oublis
Avec ce qui me vient,
Quelques bouts de nuages
Et des morceaux de nuit
Qui descendent sur moi
De plus en plus nombreux...

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Texte libre
Crédit image: "Arcane XVII - l'étoile" © Juan Gimenez - 1994 (in "Arkhânes", éditions La Sirène)

Crédit image: "Arcane XVII - l'étoile" © Juan Gimenez - 1994 (in "Arkhânes", éditions La Sirène)


    Quand les explorateurs d'outre-espace découvrirent le sarcophage par hasard, enfoui à cinq cent mètres sous la glace, ils se dirent que, peut-être, il pourrait les aider à percer les secrets de la civilisation mystérieuse dont ils venaient de localiser les premières traces, et qui avait disparu il y avait bien longtemps, sans explication raisonnable.

    Ils avaient déjà révolutionné la communauté scientifique en mettant au jour les signes de formes de vie anciennes sur cette planète hostile, qui avait semblé inhabitable depuis toujours, et le public suivait les avancées de la mission avec une gourmandise toute médiatique.

    Hélas, l'unique inscription que contenait le mausolée en ruine, gravée sur une plaque de métal inaltérable, restait indéchiffrable, car le traducteur automatique, doté d'une intelligence artificielle de dernière génération, ne trouvait pas d'équivalence conceptuelle dans leur langue pourtant supérieurement évoluée.

    En effet, outre ce qui semblait être le nom du défunt, il y était écrit "Poète". Était-ce un métier, ou bien un titre honorifique, un grade de l'armée bigarrée de cette peuplade oubliée ( les armées des peuples exotiques sont généralement bigarrées ) ?

    La traduction la plus proche que la machine calcula était "Grand Timonier sur l'Océan de Vie". Elle hésitait avec "Cartographe du Précieux Invisible", sa seconde interprétation possible.

    Les explorateurs en conclurent qu'ils étaient tombés par un coup de chance extraordinaire sur les restes d'un Pape-Empereur archaïque dont les pouvoirs semblaient immenses, et dont les innombrables légions avaient certainement mis en coupe réglée la planète jusqu'à épuisement total de ses ressources. Le grand homme devait être mort en même temps que sa terre de conquête, plusieurs millions d'années auparavant...

    Des larmes montèrent dans quelques yeux du chef des explorateurs, un pieux maréchal qui avait patiemment grimpé tous les échelons du Parti Unique en répandant sa Sainte Parole à travers l'univers.


    "Ces gens-là savaient vivre et mourir avec panache, dit-il alors que ses tentacules d'un beau vert fluorescent étaient agités par des trémolos d'émotion. Voilà la preuve archéologique irréfutable qui valide une fois pour toute le bien fondé de notre guerre sainte, en lui donnant des origines immémoriales !
    Nous méprisons trop souvent les philosophies antiques ou étrangères. Désormais, appelez-moi "Poète", car il me vient comme un féroce appétit de planètes nouvelles à croquer !"

 

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Texte libre
Source image : https://pixabay.com

Source image : https://pixabay.com

 

Nous avions été intimes à la seconde où nous nous étions vus.
J'étais le seul à la tutoyer, à la taquiner.
Les autres s'inclinaient devant le génie, quand je voyais la femme.


Elle, déesse farouche des ténèbres, toujours vêtue de noir, et moi, jeune chien rouge qui, ne connaissant pas encore le mot "inaccessible", lui volait son écharpe et lui sautait au cou.

Elle avait apprécié que je passe outre son piédestal, dont en fait j'ignorais l'existence.

Souvent, alors que nous étions restés seuls dans sa tanière de louve, elle se mettait au piano, et improvisait pendant des heures, ses mains découvrant les chemins au fur et à mesure, comme on écrit une histoire sur un rouleau sans fin.

Les notes s'envolaient en nuées nerveuses ou nostalgiques, joyeuses ou romantiques, colorant l'espace de son humeur du moment, et, bloquées par le plafond, par les fenêtres closes, par tout le fatras qui encombrait sa vie, revenaient vers nous en tourbillons dont la grâce m'étourdissait. 

Recroquevillé sur le tapis, emmitouflé dans sa musique, la peau rongée par ses sortilèges, j'avais les larmes aux yeux.

Dès que ses mains lâchaient le clavier, ses joues, un temps rosies par la cavalcade lyrique, pâlissaient de nouveau, et retombait sur son regard le voile incurable et légendaire de sa mélancolie.

Alors je la faisais rire par mes cabrioles et mes fougueuses attentions.

Elle m'appelait sa muse, ou plutôt son "museau".
"C'est étrange, pour un homme, d'être une muse...", pensais-je en ces temps-là.

 

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes
Crédit image © Jeremy Bishop - unsplash.com

Crédit image © Jeremy Bishop - unsplash.com

 

Allons, c'est l'heure.

Il nous faut laisser partir
Les jeunes gréements
Qui tirent d'impatience
Sur leurs ancres.


Leurs cuivres rutilants
Font de l’œil au soleil,
Leurs voiles toutes neuves
Se gonflent avec orgueil
D'innocence affamée.

Leur pont juste vernis
N'a pas connu l'embrun
Ni la lourdeur du ciel,
Et l'horizon aveugle
N'est qu'un festin promis.



Allons, c'est l'heure.

Leur avons-nous donné
Les cartes mises à jour ?
Ont-ils bien dans leurs cales
Nos plus précieux trésors ?
Avons-nous vérifié
La toile et les cordages ?
Fallait-il faire plus
Pour mieux les retenir ?



Allons, c'est l'heure.

Était-il différent
L'âge auquel nous partîmes ?
Étions-nous préparés
Au premier ouragan ?


Allons, c'est l'heure.

Désormais,
Dans la conscience
Qu'ils sont faits pour voguer,


Mais
Dans l'incertitude de leur cap,
Dans l'ignorance des vents contraires,
Dans la crainte des abordages,
Dans les récits de monstres,
Dans nos ventres noués,
Dans nos prières blêmes,


Nous ne dormirons plus...
 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Texte libre
Crédit image © Om Prakash Sethia - unsplash.com

Crédit image © Om Prakash Sethia - unsplash.com

 

J'ai lu les lignes de ta main,
Déchiffré les plis de ta peau,
Mais n'y ai point trouvé de "nous".


Au long de ton sillon de vie,
Le plan d'un manuscrit fictif, 
Simple débauche crayonnée;


Encore une esquisse kiss goodbye
Jetée à la mine de plomb, 
Comme une poignée de bon vent
Sur une grille de vers où... 


Aucune chance d'ouverture,
Sauf celle d'un bouquet de gares, 

Le serrement d'un "je" de paume. 

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes

Un autre texte inspiré par un tableau de Nancy Wood, cette fois dans l'exploration organique de nos réseaux intimes !

(retrouvez les oeuvres de Nancy Wood sur son site)

"Power Shower" © Nancy Wood - http://www.nancywoodartanddesign.com

"Power Shower" © Nancy Wood - http://www.nancywoodartanddesign.com

 

Nous sommes
Les manadiers du souffle, 
Les pourvoyeurs fluides, 
Les pêcheurs de grains d'or;


Nous sommes
Les colonnes nomades
Qui dévalent sans fin
Les torrents telluriques;


Nous sommes
Les bergers transhumants
De cellules-éponges
Qui gonflent à l'inspir, 
Qui tissent du futur
De quelques brins de songe. 


*****

We are
The riders on the breath,
The fluid providers,
The fishermen of grains of gold;


We are
The nomadic columns
Which run down endlessly
Through telluric torrents;


We are
The transhumant shepherds
Of sponge cells
That swell at inspiration,
Who weave the future
From a few strands of dream.

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes
© "2001, A Space Odyssey", Stanley Kubrick, 1968

© "2001, A Space Odyssey", Stanley Kubrick, 1968

 

Pendant ces étranges voyages
Qui ne durent qu'un court instant,
Quand nous tombons du firmament
Pour plonger dans la vie sauvage,


Nous ne voyons par les hublots
Qu'un bout de jardin, des couleurs,
Entendons des cris de douleurs,
Des éclats de voix, quelques mots.


Dans nos scaphandres éphémères,
Mélanges de feu et d'écume,
Nous devinons nos congénères
De questions, de chair et de brume.

"Je crois être venu ici..."
"Nous serions-nous déjà croisés ?"
Je touche ta main, c'est fini...
Nous sommes déjà exfiltrés.


Aucune chance de comprendre,
Encore moins de s'habituer,
Juste le temps de regretter
De toujours se faire surprendre...

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes

Chaque samedi, la team #SamPoésie emmenée par Sandra Dulier (twitter: @SandraDulier) propose des défis à tous les auteurs francophones qui le souhaitent. Voici ma participation pour cette semaine... Plus d'infos là !

Massacre sucré

 

"Vois, dit-elle en tendant la main, 
ce sont les fruits de mes interrogations,
de mes insomnies et de mes rêves ,
de mes espoirs et de me craintes. 


Ils ont le carmin de la passion, 
ils sont ronds et doux, 
un peu acides parfois.


Je te les offre. 
Qu'en feras-tu ?"


Sans dire un mot, 
il plongea la tête dans l'offrande, 
comme un cheval mange une pomme. 


Frottant sa tête folle
dans la paume surprise,
il écrasa les fruits,
faisant gicler le jus sucré. 


Puis, la face rouge et dégoulinante,
il se mit à dévorer
le bras menu
en baisers goulus,
remontant lentement jusqu'au creux du cou. 


Terrassés par des éclats de rire, 
leurs corps ensanglantés 
roulèrent dans l'herbe,
sous la mitraille des cigales.


C'était le premier jour de l'été.

 

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes
Crédit photo © Jakub Skafiriak - unsplash.com

Crédit photo © Jakub Skafiriak - unsplash.com

 

À force de séjourner dans la terre,
De la travailler, de la retourner,
L'âme s'émousse, se ternit, se corrode.


Engourdie, engluée,
La conscience s'encalmine
Dans la facilité et la paresse, 
Dans la mélasse de la peur,
Dans le sirop de l'ordinaire
Qui finit par gâter
Les crocs les plus acérés,
Les socs les plus rutilants.


Il faut, pour éveiller le laboureur,
Pour l'affûter par la friction,
Pour dépasser l'affliction, 
Que le Grand Univers
Tourne le Samsāra de pierre, 
La meule infinie des regrets,
La roue des actes manqués.


Fouettée par la gifle des siècles,
Par le torrent fou des époques,
La valse des défauts s'embrase,
Nos aspérités se disloquent
Dans une gerbe d'étincelles,
Et s'use l'ego excroissant
Jusqu'à retrouver son tranchant, 
L'éclat originel
Qui palpite toujours
Au rythme de la forge.

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes
Complainte des téteurs d'huile

 

Ô Mère,
Mère très chère,
Mère martyre,
Voici que ta générosité se tarit.


Nous sommes nus au bord du gouffre,
Et nous restons les bras ballants
Sans comprendre l'ampleur de nos crimes.


Les bouquets de fleurs flamboyantes
Que tu nous tendais avec amour,
Nous les avons broyés
Avec nos mains de guerriers;


Les créatures merveilleuses
Dont tu voulais peupler nos rêves,
Nous les avons caressées 
Avec des sourires de bouchers;


Tes sources pures,
Nous les avons souillées,
Tes jardins d'abondance, 
Nous les avons ravagés 
Pour téter l'huile de rocaille,

Ton lait épais et odorant
Dont la noirceur seule
S'accordait à celle de notre soif;

Tes plus beaux cadeaux,
Nous les avons jetés. 
Tes plus beaux joyaux
Nous les avons vendus. 


Nous avons pris pour conquêtes faciles
Ce que tu nous offrais de bon cœur,
Et l'ivresse de ces fausses victoires
Nous a rendus fous.


Ô Maman, si patiente et si triste,
Est-il encore temps ?
Pourras-tu jamais nous pardonner...

 

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