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Les Eclosions Asynchrones

Les Eclosions Asynchrones

Auto-édition, romans, poésie, spiritualité

Publié le par P.S.
Publié dans : #Citations







    WIlliam Blake (1757-1827), a passé toute sa vie à Londres. Cette ville était à ses yeux "la plus belle oeuvre de la Création". Apprenti graveur, il déambulait dans ses rues, explorait ses environs, entrait dans ses vieilles églises pour y copier vitraux et sculptures.
    "Les chants d'Innocence", qui seront suivis plus tard des "Chants d'Expérience", racontent à eux seuls l'histoire de William Blake. Ils sont sa première oeuvre véritablement originale, en tant que peintre, poète, et imprimeur.
    Bleu ciel, vert pâle, rouge vif pour les "Chants d'Innocence" (19 poèmes), brun et vert pour les "Chants d'Expérience" (34 poèmes). La différence de tonalité de ces deux recueils est notable. En 1789, Blake est encore dans l'enthousiasme de la Révolution Française. En 1794, les excès de violence ont ruiné son idéal révolutionnaire et inspiré des poèmes désespérés.
    Je vous livre ici l'introduction des Chants d'Innocence avec la reproduction de la gravure originale, ainsi que la version anglaise pour retrouver la mélodie enjouée des mots, le rythme faussement naïf de la comptine, qui ne peuvent être retranscrits dans la traduction.






INTRODUCTION

Piping down the valleys wild,
Piping songs of pleasant glee,
On a cloud I saw a child,
And he laughing said to me :

'Pipe a song about a lamb !'
So I piped with a merry chear.
'Piper, pipe that song again;'
So I piped: he wept to hear.

'Drop thy pipe, thy happy pipe,
Sing thy songs of happy chear.'
So I sung the same again
While he wept with joy to hear.

'Piper, sit thee down and write
In a book that all may read.'
So he vanish'd from my sight,
And I pluck'd a hollow reed,

And I made a rural pen,
And I stain'd the water clear,
And I wrote my happy songs
Every child may joy to hear.







Introduction

Descendant les vallées désertes,
Je jouais des airs doux et joyeux
Et je vis un enfant sur un nuage
Qui me dit en souriant :

"Joue l'air de l'agneau !"
Et je jouai de toute ma joie.
"Joueur de flûte, joue encore"
Et je jouai de nouveau: il pleura en m'entendant.

"Laisse cette flûte, cette joyeuse flûte,
Et chante tes chansons si gaies."
Alors je chantai le même air
Et il pleurait de joie en m'entendant.

"Musicien, assieds-toi et écris un livre
Que tout le monde puisse lire."
Disant cela, il disparut.
Alors, je cueillis un roseau,

J'en fis une plume des campagnes,
Et de l'eau claire je fis de l'encre,
Et j'écrivis mes chants joyeux
Que chaque enfant pourra entendre.













© William Blake - Chants d'Innocence et d'Expérience - édition bilingue - Quai Voltaire

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Publié le par P.S.
Publié dans : #Citations



Je te regarde vivre dans une fête que ma crainte de venir à fin laisse obscure.


Nos mains se ferment sur une étoile flagellaire. La flûte est à retailler.


A peine si la pointe d'un brutal soleil touche un jour débutant.


Ne sachant plus si tant de sève victorieuse devait chanter ou se taire, j'ai desserré le poing du Temps et saisi sa moisson.


Est apparu un multiple et stérile arc-en-ciel.


Eve solaire, possible de chair et de poussière, je ne crois au dévoilement des autres, mais au tien seul.


Qui gronde, me suive jusqu'à notre portail. Je sens naître mon souffle nouveau et finir ma douleur.



© René Char - in "Commune Présence" - Poésie/Gallimard

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Publié le par P.S.
Publié dans : #Citations
     


        Le mendiant qui est en moi éleva ses mains amaigries vers le ciel sans étoiles et cria dans l'oreille de la nuit son appel affamé.
      Ses prières s'envolèrent vers l'aveugle obscurité qui se tient, tel un dieu déchu, dans un ciel désolé, peuplé d'espoirs morts.
     La plainte du désir y mourait au bord d'un abîme de désespoir; un oiseau gémissant tournoyait autour de ce nid déserté.


        Mais lorsque le matin jeta son ancre sur le rivage de l'Orient, le mendiant qui est en moi bondit en criant : " Béni suis-je, parce que la sourde nuit m'a renié, et que son trésor est vide."
        Il chanta encore : "Ô Vie, ô Lumière, vous êtes précieuses ! Et précieuse aussi la joie qui vous connaît enfin !"






© Rabindranath Tagore - in "L'Offrande Lyrique" - traduit de l'anglais par André Gide - poésie/Gallimard

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Publié le par P.S.
Publié dans : #Citations

(La profession de foi d'un grand poète de notre temps, extraite du discours qu'il prononça à la remise de son prix Nobel en 1960. Je ne cesse, pour ma part, d'être émerveillé par les similitudes, voire les liens indissociables, entre l'engagement poétique et l'engagement spirituel.)


"[...]

    Fierté de l'homme en marche sous sa charge d'éternité ! Fierté de l'homme en marche sous son fardeau d'humanité, quand pour lui s'ouvre un humanisme nouveau, d'universalité réelle et d'intégralité psychique... Fidèle à son office, qui est l'approfondissement même du mystère de l'homme, la poésie moderne s'engage dans une entreprise dont la poursuite intéresse la pleine intégration de l'homme. Il n'est rien de pythique dans une telle poésie. Rien non plus de purement esthétique. Elle n'est point art d'embaumeur ni de décorateur. Elle n'élève point des perles de culture, ne trafique point de simulacres ni d'emblèmes, et d'aucune fête musicale elle ne saurait se contenter. Elle s'allie, dans ses voies, la beauté, suprême alliance, mais n'en fait point sa fin ni sa seule pâture. Se refusant à dissocier l'art de la vie, ni de l'amour la connaissance, elle est action, elle est passion, elle est puissance, et novation toujours qui déplace les bornes. L'amour est son foyer, l'insoumission sa loi, et son lieu est partout, dans l'anticipation. Elle ne se veut jamais absence ni refus.

    Elle n'attend rien pourtant des avantages du siècle. Attachée à son propre destin, et libre de toute idéologie, elle se connaît égale à la vie même, qui n'a d'elle-même à justifier. Et c'est d'une même étreinte, comme une seule grande strophe vivante, qu'elle embrasse au présent tout le passé et l'avenir, l'humain avec le surhumain, et tout l'espace planétaire avec l'espace universel. L'obscurité qu'on lui reproche ne tient pas à sa nature propre, qui est d'éclairer, mais à la nuit même qu'elle explore, et qu'elle se doit d'explorer : celle de l'âme elle-même et du mystère où baigne l'être humain. Son expression toujours s'est interdit l'obscur, et cette expression n'est pas moins exigente que celle de la science.

    Ainsi, par son adhésion totale à ce qui est, le poète tient pour nous liaison avec la permanence et l'unité de l'Etre. Et sa leçon est d'optimisme. Une même loi d'harmonie régit pour lui le monde entier des choses. Rien n'y peut advenir qui par nature excède la mesure de l'homme. Les pires bouleversements de l'histoire ne sont que rythmes saisonniers dans un plus vaste cycle d'enchaînements et de renouvellements. Et les Furies qui traversent la scène, torche haute, n'éclairent qu'un instant du très long thème en cours. Les civilisations mûrissantes ne meurent point des affres d'un automne, elles ne font que muer. L'inertie seule est menaçante.

Poète est celui-là qui rompt pour nous l'accoutumance.

[...]"



© Saint-John Perse - in "Poésie - Allocution au banquet Nobel du 10 décembre 1960" - poésie/Gallimard

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Publié le par P.S.
Publié dans : #Poèmes




Quand le pouvoir d'aimer vibrera dans nos paumes,
Vert et luminescent, guérissant comme un baume,
J'emplirai le creuset de mes yeux assoiffés
A l'eau de ton regard sans être foudroyé.

Quand mes mornes gardiens, relâchant leurs filets,
Fuiront à l'horizon sur leurs montures maigres
L'airain de mon armure, redevenue intègre,
Flamboiera de la joie d'abriter ton reflet.

Et tu t'approcheras, ton image emplissant
Les circonvolutions du métal ciselé
Où nos âmes unies feront un mausolée
Aux tristes souvenirs du passé finissant.

Et l'aube éclatera, première de milliers,
Libérant l'énergie de fusion de nos vies.
Peut-être à ce moment, entrelacés ainsi,
Dirons-nous du futur qu'il nous est familier...

Le jasmin, le lotus, fleuriront sous nos pieds,
Répandant dans les cieux l'écho de nos bienfaits,
Des rayons monteront du sol en cathédrale,
Les anges donneront nos noms à des étoiles,

Les monstres du dessous, tels des chats de gouttière,
Quémanderont le droit de vivre à nos côtés.
Nous le leur donnerons et la nature entière
Verra éclore la nouvelle humanité.






in "Les Eclosions Asynchrones" - dépôt SNAC n°8-0222

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Publié le par philippe souchet
Publié dans : #Citations
    ( Je possède un côté obscur qui, quoiqu'endormi la plupart du temps, me submerge parfois brusquement, me rendant infréquentable pendant plusieurs jours aux êtres les plus proches et les plus aimants, et me faisant considérer la vie sous des aspects violents et destructeurs. Plusieurs poèmes du recueil ont été composés sous l'influence de cet autre moi-même, que par bonheur j'arrive maintenant à mieux tenir en laisse. Une explication de cette funeste cyclothymie m'a été fournie par l'astrologie, qui a trouvé une conjonction entre la planète Saturne et mon Soleil ! Cette thèse était déjà connue de Verlaine en 1866, et il l'exposait en préambule de son premier recueil publié, "Les poèmes saturniens" )




"Les Sages d'autrefois, qui valaient bien ceux-ci,
Crurent, et c'est un point encor mal éclairci,
Lire au ciel les bonheurs ainsi que les désastres,
Et que chaque âme était liée à l'un des astres.
(On a beaucoup raillé, sans penser que souvent
Le rire est ridicule autant que décevant,
Cette explication du mystère nocturne.)
Or ceux-là qui sont nés sous le signe SATURNE,
Fauve planète, chère aux nécromanciens,
Ont entre tous, d'après les grimoires anciens,
Bonne part de malheur et bonne part de bile.
L'Imagination, inquiète et débile,
Vient rendre nul en eux l'effort de la Raison.
Dans leurs veines le sang, subtil comme un poison,
Brûlant comme une lave, et rare, coule et roule
En grésillant leur triste idéal qui s'écroule.
Tels les Saturniens doivent souffrir et tels
Mourir, - en admettant que nous soyons mortels, -
Leur plan de vie étant dessiné ligne à ligne
Par la logique d'une Influence maligne.


                                                               P. V. "






© Paul Verlaine, préambule aux "Poèmes Saturniens", in "Oeuvres poétique complètes", Robert Laffont

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Publié le par philippe souchet
Publié dans : #Poèmes


 

 

Quand tu me dévisages et que tu me séduis,

La morsure indigo de tes yeux presque offerts

Perfore ma raison, va au fond de ma chair.

Mon âme se dissout, ma volonté s'enfuit.

 

 

 

Tu vides ton carquois de sa dernière flèche,
Qui m'atteint en plein coeur sans même t'étonner.
Tu t'approches de moi, flairant la viande fraîche,
Tu tâtes le gibier d'un bout d'orteil blasé,

 

Et constatant ma mort facilement acquise,
Ton rire explose et fuse au plus haut des nuées.
Sans attendre un instant, tu découpes ta prise
Et va au Mont Olympe montrer tes trophées.

 

Pour narguer Aphrodite et les dieux assemblés,
Tu jettes à leurs pieds les lambeaux déchirés
De ce qui fut jadis ma joie, ma liberté,
Et l'espoir insensé de pouvoir te toucher.

 

 

 

 

 

 


in "Les Eclosions Asynchrones" - dépôt SNAC n°8-0222

 

 

 

 

 

 

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Publié le par P.S.
Publié dans : #Citations


Toute tiède encore du linge annulé
Tu fermes les yeux et tu bouges
Comme bouge un chant qui naît
Vaguement mais de partout


Odorante et savoureuse
Tu dépasses sans te perdre
Les frontières de ton corps


Tu as enjambé le temps
Te voici femme nouvelle
Révélée à l'infini

 

 

© Paul Eluard, in "Derniers poèmes d'amour", Seghers

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Publié le par philippe souchet
Publié dans : #Poèmes




Afflux de l'énergie primale incorruptible,
Jouissance de la force intouchable de grâce,
Connaissance immanente, sans effort accessible,
Jetant vers le futur un regard de rapace,

Je me penche au-dessus de l'abîme bondé
Où les médiocres lèchent la facilité
En confrontant leur tête à des parois de verre
Pour tenter vainement d'y trouver un peu d'air.

« Flambez ! »  dis-je.  Et les monts prennent feu,
Envoyant le velours de leurs draps jusqu'aux cieux.
« Fuyez ! »  dis-je.  Et la pierre se noie
Vers le coeur de la Terre, au plus loin de ma voix.

Car ce soir tu as dit que tu pensais à moi !





in "Les Eclosions Asynchrones" - dépôt SNAC n°8-0222

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Publié le par philippe souchet
Publié dans : #Citations

(Saint-John Perse est certainement, et de loin, mon poète préféré. Je vous en citerai régulièrement des passages, juste pour le plaisir :-)





    "Et puis vinrent les neiges, les premières neiges de l'absence, sur les grands lés tissés du songe et du réel; et toute peine remise aux hommes de mémoire, il y eut une fraîcheur de linge à nos tempes. Et ce fut au matin, sous le sel gris de l'aube, un peu avant la sixième heure, comme en un havre de fortune, un lieu de grâce et de merci où licencier l'essaim des grandes odes du silence.

    Et toute la nuit, à notre insu, sous ce haut fait de plume, portant très haut vestige et charge d'âmes, les hautes villes de pierre ponce forées d'insectes lumineux n'avaient cessé de croître et d'exceller, dans l'oubli de leur poids. Et ceux-là seuls en surent quelque chose, dont la mémoire est incertaine et le récit est aberrant. La part que prit l'esprit à ces choses insignes, nous l'ignorons. [...] "




© Saint-John Perse, Neiges, I (extrait), poésie/Gallimard

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