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Les Eclosions Asynchrones

Les Eclosions Asynchrones

Auto-édition, romans, poésie, spiritualité

Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Source image : https://pixabay.com

Source image : https://pixabay.com

 

Nous avions été intimes à la seconde où nous nous étions vus.
J'étais le seul à la tutoyer, à la taquiner.
Les autres s'inclinaient devant le génie, quand je voyais la femme.


Elle, déesse farouche des ténèbres, toujours vêtue de noir, et moi, jeune chien rouge qui, ne connaissant pas encore le mot "inaccessible", lui volait son écharpe et lui sautait au cou.

Elle avait apprécié que je passe outre son piédestal, dont en fait j'ignorais l'existence.

Souvent, alors que nous étions restés seuls dans sa tanière de louve, elle se mettait au piano, et improvisait pendant des heures, ses mains découvrant les chemins au fur et à mesure, comme on écrit une histoire sur un rouleau sans fin.

Les notes s'envolaient en nuées nerveuses ou nostalgiques, joyeuses ou romantiques, colorant l'espace de son humeur du moment, et, bloquées par le plafond, par les fenêtres closes, par tout le fatras qui encombrait sa vie, revenaient vers nous en tourbillons dont la grâce m'étourdissait. 

Recroquevillé sur le tapis, emmitouflé dans sa musique, la peau rongée par ses sortilèges, j'avais les larmes aux yeux.

Dès que ses mains lâchaient le clavier, ses joues, un temps rosies par la cavalcade lyrique, pâlissaient de nouveau, et retombait sur son regard le voile incurable et légendaire de sa mélancolie.

Alors je la faisais rire par mes cabrioles et mes fougueuses attentions.

Elle m'appelait sa muse, ou plutôt son "museau".
"C'est étrange, pour un homme, d'être une muse...", pensais-je en ces temps-là.

 

 

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