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Les Eclosions Asynchrones

Les Eclosions Asynchrones

Auto-édition, romans, poésie, spiritualité

Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Bulles de méthane prises dans la glace - Abraham Lake, Canada

Bulles de méthane prises dans la glace - Abraham Lake, Canada

Photo by John Bakator on Unsplash

 

Dans la brume d'hiver,
Juste avant le matin,
Quand la lune se griffe
Aux branches dénudées
Et déchire son aube
En regagnant son antre,
Elle s'attarde encore
Sur le lac vitrifié
Dont la croute crépite.

À la lumière bleue
De l'astre noctambule,
Le reflet apparait
D'une belle penchée,
Capturé dans la glace
Par l'antique lueur
D'étoiles disparues.

Les mains jointes sous l'eau,
Le regard implorant,
Cette beauté spectrale
Voudrait qu'on la libère.
Larmes de paysanne ?
Supplication de reine ?
Immobile, en silence
Le fantôme sans nom
Attend depuis des siècles
Qu'on le délivre enfin.

En longs gardiens muets
Plus anciens que le monde,
Les arbres momifiés
Aux cheveux en bataille
Alourdis de cristal
Savent seuls son secret.

Mais une fois encore
Dans le jour qui se lève
La prière s'efface;
Le reflet disparait
Brouillé par une carpe
Qui frôle la surface.

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes
Crédit image : "Tempête de neige en mer" - Joseph Mallord William Turner - 1842

Crédit image : "Tempête de neige en mer" - Joseph Mallord William Turner - 1842

Piégée dans les basses fréquences,
Les quarantièmes rugissants
De l'océan d'impermanence,
Ainsi vogue l'âme en exil,
À la barre de son rafiot
De chair, de sang, d'os et d'ego.


La carène qui craque
Et martèle en cadence
La muraille liquide
La fait chanter de joie.

Elle se rit des grains
Et de l'adversité,
Transperce l'illusion
D'une gerbe d'écume
Pour plonger dans un creux
Et ressortir plus loin
Bousculée et trempée, 
Mais jamais rassasiée
D'assauts et de surprises !

Éparpillées partout,
Les coquilles de noix
D'autres grands voyageurs

Battant même étendard,
Bondissent au sommet
Des montagnes rétives
Tels des chevaux de mer

Hennissant d'impatience.

Dans l'oubli du départ,
L'inconnu de la cause,
Les âmes au long cours
Se donnent rendez-vous
À l'horizon du rêve,
Sans autre but, au fond,
Que l'infini des voies;
Sans non plus d'autre carte
Que celle à inventer.

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
crédit image : © unsplash.com

crédit image : © unsplash.com


Une simple ligne
Tracée au crayon
Sur un bout de papier,
Ouvre une plaie sur le monde
Et coupe un continent,
Un pays,
Une ville,
Un quartier,

Une maison,
Un cœur.

De quel côté de la ligne es-tu :
Bon ou méchant ?
Gagnant ou perdant ?
Ville ou campagne ?
Beau quartier ou banlieue ?
Capitale ou province ?

L'encre pénètre la terre, 
Qui l'infuse comme un buvard. 
Les lèvres de la plaie s
'ourlent,
Se gonflent, 

S'écartent,
Se propagent en gerçures,


Riches contre pauvres,
Patrons contre salariés,
Vieux contre jeunes, 
Blancs contre noirs,
Autochtones contre étrangers,
Croyants contre païens,
Colons contre terroristes, 
Hommes contre femmes,
Humains contre animaux, 
Frère contre frère,
Main droite contre main gauche...

Une simple ligne
Tracée au crayon
Sur un bout de papier
Projette sur l'âme
Des pointillés de peur,

Et c'est la guerre. 

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Crédit image : http://fredericlabonde.com/fr/brulure/

Crédit image : http://fredericlabonde.com/fr/brulure/

 

Les secrets de famille
Sont des chaînes fumantes
Qui brûlent nos chevilles
D'inconscients esclavages,
Tirant des boulets rouges
Qui se perdent bien loin
Derrière l'horizon;

Ces drames engloutis
Sous les générations, 
Ces graviers d'uranium
Dans nos vieilles godasses,
Rongent la peau des pieds
Et font boiter nos vies
En courbant le futur;

En infusant le doute
Et la crainte du monde
En nous à chaque instant, 
C'est l'écho momifié
Des cris de nos aïeux, 
C'est leur appel à l'aide
Qu'ils veulent libérer.



 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes
Crédit image : https://www.save.ca

Crédit image : https://www.save.ca


De tendresse volée
En tromperies sordides,
De rendez-vous candides
En promesse oubliée,
Le cœur de la fillette,
Palpitant à paillette,
S'est brûlé à l'espoir
Trahi soir après soir.

La jeune infante s'est fanée, 
S'est enlacée de solitude,
Et a cherché sous d'autres cieux,
Sous les vitraux de l'habitude,
Une explication sanctifiée
À ses hurlements silencieux.


Sous la crème onctueuse,
Le beurre de missel 
A coulé dans les failles
Sans jamais les guérir,
Recouvrant de prières, 
De litanies fossiles,
Les plaies laissées béantes
Et qu'on croit oubliées.


Sous la croûte rose et sucrée
De ses vœux pieux collants de miel
A l'apparence énamourée,
Se noie un noyau fait de haine
Et d'anathème universel,
Marbré de colère et d'ébène.


Le cœur endurci à la flamme
Ne bat plus d'un amour de femme.
C'est un morceau noir de charbon
Qui trace sa malédiction
Sur les murs d'une forteresse,
Sur le différent, l'étranger, 
Sur l'ouverture et le danger
De trop exprimer sa faiblesse.


 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
credit image : http://hopedallaschurch.com

credit image : http://hopedallaschurch.com

 

Il y a bien longtemps, quelqu'un est venu vous expliquer comment fonctionnait l'univers. Vous l'avez cloué sur un bout de bois en riant.

Puis, pris de remords, vous avez porté à vos cous des bijoux à l'image de son gibet, en pleurant "mea culpa !".

Aujourd'hui, vous êtes devenus raisonnables : vous avez écrit "Dieu" sur vos billets de banque, et vous massacrez tout ce qui vit en hurlant "tu ne tueras point !".

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Publié dans : #Poèmes

Chaque samedi, la team #SamPoésie emmenée par Sandra Dulier (twitter: @SandraDulier) propose des défis à tous les auteurs francophones qui le souhaitent. Voici ma participation pour cette semaine... Plus d'infos là !

Source image : © pixabay

Source image : © pixabay

 

Fil de chaîne, fil de trame,
Fil d'azur, fil de drame,
Jour après jour, 
J'ai tissé ma vie,
Ma route de l' "à soi",
À partir de brins de ciel,
De cordes de pluie, 
De perles d'aventures,

Du chanvre des orages,
Des plumes de voyages,


Mais surtout de tes fibres, 
De la soie de ta peau,
Du coton des câlins,
Des éclats de brillants
Qui restent de tes rires
Et ceux de nos enfants.


J'ai tout pris sans regret,
J'ai tout gardé,
J'ai tout incorporé
Dans cette mosaïque.


Mais c'est le crépuscule
Et je n'y vois plus clair.


Je tends sur le métier
Ce qui reste de fil,
Qui est prêt à casser.


Je n'ai plus de matière 
Pour ma tapisserie,
Mais je n'ai pas fini.


Alors, comme je peux,
Je comble les oublis
Avec ce qui me vient,
Quelques bouts de nuages
Et des morceaux de nuit
Qui descendent sur moi
De plus en plus nombreux...

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Crédit image: "Arcane XVII - l'étoile" © Juan Gimenez - 1994 (in "Arkhânes", éditions La Sirène)

Crédit image: "Arcane XVII - l'étoile" © Juan Gimenez - 1994 (in "Arkhânes", éditions La Sirène)


    Quand les explorateurs d'outre-espace découvrirent le sarcophage par hasard, enfoui à cinq cent mètres sous la glace, ils se dirent que, peut-être, il pourrait les aider à percer les secrets de la civilisation mystérieuse dont ils venaient de localiser les premières traces, et qui avait disparu il y avait bien longtemps, sans explication raisonnable.

    Ils avaient déjà révolutionné la communauté scientifique en mettant au jour les signes de formes de vie anciennes sur cette planète hostile, qui avait semblé inhabitable depuis toujours, et le public suivait les avancées de la mission avec une gourmandise toute médiatique.

    Hélas, l'unique inscription que contenait le mausolée en ruine, gravée sur une plaque de métal inaltérable, restait indéchiffrable, car le traducteur automatique, doté d'une intelligence artificielle de dernière génération, ne trouvait pas d'équivalence conceptuelle dans leur langue pourtant supérieurement évoluée.

    En effet, outre ce qui semblait être le nom du défunt, il y était écrit "Poète". Était-ce un métier, ou bien un titre honorifique, un grade de l'armée bigarrée de cette peuplade oubliée ( les armées des peuples exotiques sont généralement bigarrées ) ?

    La traduction la plus proche que la machine calcula était "Grand Timonier sur l'Océan de Vie". Elle hésitait avec "Cartographe du Précieux Invisible", sa seconde interprétation possible.

    Les explorateurs en conclurent qu'ils étaient tombés par un coup de chance extraordinaire sur les restes d'un Pape-Empereur archaïque dont les pouvoirs semblaient immenses, et dont les innombrables légions avaient certainement mis en coupe réglée la planète jusqu'à épuisement total de ses ressources. Le grand homme devait être mort en même temps que sa terre de conquête, plusieurs millions d'années auparavant...

    Des larmes montèrent dans quelques yeux du chef des explorateurs, un pieux maréchal qui avait patiemment grimpé tous les échelons du Parti Unique en répandant sa Sainte Parole à travers l'univers.


    "Ces gens-là savaient vivre et mourir avec panache, dit-il alors que ses tentacules d'un beau vert fluorescent étaient agités par des trémolos d'émotion. Voilà la preuve archéologique irréfutable qui valide une fois pour toute le bien fondé de notre guerre sainte, en lui donnant des origines immémoriales !
    Nous méprisons trop souvent les philosophies antiques ou étrangères. Désormais, appelez-moi "Poète", car il me vient comme un féroce appétit de planètes nouvelles à croquer !"

 

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Source image : https://pixabay.com

Source image : https://pixabay.com

 

Nous avions été intimes à la seconde où nous nous étions vus.
J'étais le seul à la tutoyer, à la taquiner.
Les autres s'inclinaient devant le génie, quand je voyais la femme.


Elle, déesse farouche des ténèbres, toujours vêtue de noir, et moi, jeune chien rouge qui, ne connaissant pas encore le mot "inaccessible", lui volait son écharpe et lui sautait au cou.

Elle avait apprécié que je passe outre son piédestal, dont en fait j'ignorais l'existence.

Souvent, alors que nous étions restés seuls dans sa tanière de louve, elle se mettait au piano, et improvisait pendant des heures, ses mains découvrant les chemins au fur et à mesure, comme on écrit une histoire sur un rouleau sans fin.

Les notes s'envolaient en nuées nerveuses ou nostalgiques, joyeuses ou romantiques, colorant l'espace de son humeur du moment, et, bloquées par le plafond, par les fenêtres closes, par tout le fatras qui encombrait sa vie, revenaient vers nous en tourbillons dont la grâce m'étourdissait. 

Recroquevillé sur le tapis, emmitouflé dans sa musique, la peau rongée par ses sortilèges, j'avais les larmes aux yeux.

Dès que ses mains lâchaient le clavier, ses joues, un temps rosies par la cavalcade lyrique, pâlissaient de nouveau, et retombait sur son regard le voile incurable et légendaire de sa mélancolie.

Alors je la faisais rire par mes cabrioles et mes fougueuses attentions.

Elle m'appelait sa muse, ou plutôt son "museau".
"C'est étrange, pour un homme, d'être une muse...", pensais-je en ces temps-là.

 

 

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Publié le par Les Eclosions Asynchrones
Crédit image © Jeremy Bishop - unsplash.com

Crédit image © Jeremy Bishop - unsplash.com

 

Allons, c'est l'heure.

Il nous faut laisser partir
Les jeunes gréements
Qui tirent d'impatience
Sur leurs ancres.


Leurs cuivres rutilants
Font de l’œil au soleil,
Leurs voiles toutes neuves
Se gonflent avec orgueil
D'innocence affamée.

Leur pont juste vernis
N'a pas connu l'embrun
Ni la lourdeur du ciel,
Et l'horizon aveugle
N'est qu'un festin promis.



Allons, c'est l'heure.

Leur avons-nous donné
Les cartes mises à jour ?
Ont-ils bien dans leurs cales
Nos plus précieux trésors ?
Avons-nous vérifié
La toile et les cordages ?
Fallait-il faire plus
Pour mieux les retenir ?



Allons, c'est l'heure.

Était-il différent
L'âge auquel nous partîmes ?
Étions-nous préparés
Au premier ouragan ?


Allons, c'est l'heure.

Désormais,
Dans la conscience
Qu'ils sont faits pour voguer,


Mais
Dans l'incertitude de leur cap,
Dans l'ignorance des vents contraires,
Dans la crainte des abordages,
Dans les récits de monstres,
Dans nos ventres noués,
Dans nos prières blêmes,


Nous ne dormirons plus...
 

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